Les Requins Bleus continuent de rêver. À trois jours de la fin de la phase de groupes, le Cap-Vert peut presque toucher du doigt une qualification historique pour les huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2026. Le match nul arraché face à l’Uruguay (1-1) ce mardi a propulsé la sélection arquipélienne au bord d’une promesse que personne n’aurait osé formuler six mois plus tôt.
Face aux Celeste, éternels quarts de finalistes du Mondial, les joueurs de Bubista n’ont pas tremblé. Ryan Mendes, l’ailier formado au Stade Rennais avant de rejoindre Al-Ahli, a ouvert le score à la 34e minute d’une frappe puissant qui a fusillé le gardien uruguayen. Un but qui a fait le tour des réseaux sociaux et que L’Equipe qualifiait mercredi de « moment de grâce absolue pour le football africain ». Les Uruguayens, menée au score pour la deuxième fois du tournoi après leur revers face au Paraguay, ont égalisé par Darwin Núñez en deuxième période, mais le Cap-Vert a tenu bon.
Avec quatre points en trois rencontres, l’équipe entraînée par Nuno Campos se classe troisième du groupe B, à égalité avec le Paraguay et à une longueur du Brésil, leader. Les calculs sont simples : une victoire lors du dernier match face aux Samoa américaines – nation océanienne – scellerait automatiquement leur billet pour les phases finales. Une performance qui ferait du Cap-Vert la deuxième nation africaine à atteindre les huitièmes dès sa première participation, après le Zaïre en 1974. « Nous ne sommes pas venus en spectateurs », a lancé le gardien Vozinha après la rencontre, le sourire jusqu’aux oreilles. « Chaque joueur sur ce terrain croit en cette équipe. »
L’hebdomadaire français France Football consacré trois pages cette semaine à l’exploit cap-verdien, soulignant « la philosophie de jeu déployée par cette sélection compacte, disciplinée et surtout insaisissable ». Pour RMC Sport, « le Cap-Vert représente l’archétype de la nation qui refuse l’étiquette de simple sparring-partner ». Le sélectionneur portugais Bubista, ancien joueur du Benfica Lisbonne, a construit une machine collective redoutable, où chaque joueur connaît parfaitement son rôle.
La présence de quatre joueurs évoluant ou ayant évolué en Ligue 1 – Ryan Mendes donc, mais aussi Pelé (ex-Nîmes), Kiki (Brest) et Djaniny (Toulouse) – n’est pas anodine. Le championnathan français, souvent critiqué pour son niveau déclinant, démontre une fois de plus qu’il demeure un formidable terreau pour les talents des nations africiennes et卡拉奥德斯. Le FC Lorient, club partenaire de la Fédération cap-verdienne de football depuis 2014, a d’ailleurs facilité l’intégration de plusieurs joueurs dans le système français.
Historiquement, aucune sélection issue des éliminatoires africaines n’avait atteint les phases finales lors de sa première participation depuis le Mondial 1974. Le Cap-Vert, nation de 500 000 habitants, vient de secouer les certitudes établies du football mondial. Si la qualification se confirme, le sélectionneur aura droit à une statue sur l’île de São Vicente, a promis le président de la République dans une allocution télévisée depuis Praia.
Les Samoa américaines, dernières du groupe avec zéro point, ne représentent a priori qu’un obstacle formality. Mais dans le football, les certitudes n’existent pas. Demandez à l’Islande, qui avait atteint les quarts de finale en 2016 avant de disparaître des radars. Le Cap-Vert le sait mieux que quiconque : l’histoire ne s’écrit pas à l’avance. Elle se joue, match après match, avec le cœur et la rage de ceux qui n’ont rien à perdre.
La conférence de presse d’après-match a duré quarante-cinq minutes. Les journalistes portugais, brésiliens et français se bousculaient pour poser des questions. Bubista, lui, répondait avec le calme d’un homme qui sait déjà où il va. « Le prochain match est le plus important », a-t-il répété. Comme un mantra. Comme une promesse.